Analyse

Roll and write : ces petits jeux à cocher qui ont conquis les tables

Un crayon, quelques dés, une grille à remplir. Derrière leur air de rien, ces jeux à cocher se sont taillé une vraie place — au festival de Cannes comme sur nos tables du jeudi.

ParFrédéric Gaiffe · Président de DSL
Publié le 31 août 2026

Le roll and write, de quoi parle-t-on ?

Le principe tient en une phrase : on lance des dés, puis chacun coche ou écrit un résultat sur sa propre feuille. Pas de plateau commun à se disputer, pas de pions à balader sur trente cases. Juste un crayon, une grille et des choix à optimiser tour après tour. La famille porte d'ailleurs deux noms selon sa mécanique. Le roll and write repose sur des dés (roll = lancer). Le flip and write remplace les dés par des cartes que l'on retourne (flip). Dans les deux cas, la logique reste identique : une information tombe au centre de la table, et tout le monde en fait quelque chose, en même temps, sur son support personnel.

Le genre n'est pas né hier. Le Yahtzee des années 1950 cochait déjà des combinaisons de dés sur un carnet. Mais la vague moderne s'est vraiment levée avec Qwixx, signé Steffen Benndorf et édité en France par Gigamic en 2012. Quatre lignes de couleurs, une poignée de dés, deux minutes d'explication : le petit jeu a figuré parmi les finalistes du Spiel des Jahres 2013, le prix allemand le plus suivi pour les jeux familiaux. Ce coup de projecteur du jury a prouvé qu'un format aussi léger pouvait tenir tête aux grosses boîtes.

Boîte du jeu de dés Qwixx, édition française Gigamic, un roll and write familial à cocher
Qwixx, l'archétype du roll and write moderne : quatre lignes de couleurs et un crayon suffisent.© Gigamic

Pourquoi ces jeux ont pris autant de place

Plusieurs raisons expliquent leur montée en puissance. D'abord le coût et l'encombrement : un bloc de feuilles, quelques dés, une boîte fine qui se glisse dans un sac. Ensuite la mise en place, quasi inexistante — on distribue les feuilles, on tend un crayon, c'est parti. Pour un club qui enchaîne les tables un jeudi soir, ou une famille qui veut jouer avant le dîner, ce gain de temps compte autant que les règles elles-mêmes.

Vient ensuite l'atout qui a sans doute le plus fait décoller le genre : le nombre de joueurs devient élastique. Comme chacun remplit sa propre feuille à partir du même tirage, ajouter un participant ne rallonge presque pas la partie. Certains titres l'assument jusqu'à l'exagération et annoncent « de 1 à 100 joueurs » sur la boîte. Le temps mort disparaît au passage : personne n'attend son tour les bras croisés, tout le monde réfléchit en parallèle. Ce détail change tout avec des joueurs qui débutent ou s'impatientent vite.

Reste le plaisir de fond. Derrière leur apparente simplicité, ces jeux cachent de vrais dilemmes. Faut-il sécuriser des points tout de suite ou parier sur une ligne qui rapportera gros plus tard ? Cocher une case ici en ferme souvent une autre là-bas. Wolfgang Warsch, auteur de Très futé ! (Ganz schön clever chez Schmidt Spiele), a poussé l'idée jusqu'à la réaction en chaîne : un dé bien placé en débloque un deuxième, qui en déclenche un troisième. Son jeu s'est retrouvé parmi les finalistes du Kennerspiel des Jahres 2018, la déclinaison du prix allemand qui récompense les titres un cran plus corsés que la catégorie familiale.

Les repères du genre

Durée d'une partie

15 à 45 min

selon le titre

Joueurs

1 à 100

chacun sa feuille

Âge conseillé

dès 8 ans

certains dès 6

Mise en place

moins d'une minute

Cinq jeux à cocher qui ont marqué le genre

Impossible de résumer la famille en une seule boîte : elle va du micro-jeu de dés au dessin de carte au long cours. Voici cinq titres qui balisent bien le territoire, du plus immédiat au plus ambitieux.

Ce que les récompenses ont retenu

Les jurés ne s'y sont pas trompés. Au-delà de Qwixx et de Très futé !, le genre a multiplié les sélections dans les grands prix. Cartographers, où l'on dessine au crayon une carte de royaume au fil des cartes retournées, a rejoint les finalistes du Kennerspiel des Jahres 2020. En France, l'As d'Or — le grand prix remis chaque année au Festival international des jeux de Cannes — a lui aussi mis en avant des jeux de la famille au fil des éditions. Ces reconnaissances ont fait sortir le roll and write du rayon « petit jeu d'appoint » pour l'installer comme une catégorie à part entière, avec ses auteurs suivis et ses sorties attendues.

Et à la table de DSL ?

Du côté du club, ces jeux jouent souvent les utilités précieuses. On les sort pour lancer une soirée pendant que les derniers arrivent, pour combler le quart d'heure avant qu'une grosse partie ne se libère, ou pour accueillir quelqu'un qui n'a jamais touché à un jeu moderne. Un roll and write s'explique le temps d'un café, et une manche se termine avant que l'attention ne retombe. Plusieurs joueurs notent aussi qu'ils tournent bien à géométrie variable : on démarre à trois, deux retardataires s'ajoutent, la feuille supplémentaire règle le problème. Les soirées DSL, tous les jeudis à 20h à la Salle du Peuple de Roujan, en voient passer régulièrement.

Pour qui c'est fait (et pour qui un peu moins)

Ces jeux visent large, mais ils ne parlent pas à tout le monde de la même façon.

  • Les familles et les groupes dont la taille change en cours de soirée : la feuille en plus règle tout.
  • Les personnes qui débutent : peu de règles, un tour qui se comprend rien qu'en le regardant.
  • Les amateurs d'optimisation tranquille, qui aiment tirer le meilleur d'un tirage sans conflit direct.
  • Un peu moins : ceux qui cherchent l'interaction frontale, les alliances ou le bluff — ici, on joue surtout contre le hasard et contre soi-même.
  • Un peu moins aussi : les tables qui veulent une grande épopée d'un soir ; le format brille sur le court et le nerveux, pas sur la fresque de trois heures.

Envie de tester un jeu à cocher un jeudi soir ?

DSL accueille les curieux tous les jeudis à 20h à la Salle du Peuple, 4 Place de la Mairie, à Roujan (34320). Crayons et feuilles fournis, aucune réservation nécessaire.