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Jeux cosy : quand le jeu de société ralentit et fait du bien
Nature, couleurs douces, zéro élimination : petit tour d'horizon d'une vague qui gagne les tables, et de quatre jeux qu'on aime sortir le jeudi.
Pourquoi on a envie de jeux qui apaisent
Depuis quelques années, un rayon entier de la ludothèque a changé d'ambiance. À côté des jeux de conquête, de bluff et de baston, une famille plus douce a pris de l'ampleur : des parties où l'on ne se tape pas dessus, où personne n'est mis dehors avant la fin, et où l'on passe surtout son temps à bâtir quelque chose de joli. La presse spécialisée a fini par lui coller une étiquette. Gus & Co, Asmodee ou Ludovox parlent de vague « cosy », parfois de « cozy core » ou de « solarpunk » — ce courant qui imagine un futur apaisé, en bonne entente avec la nature.
L'explication qui revient le plus souvent tient en une phrase : dans un monde tendu, on a besoin de douceur. Plusieurs médias font ce lien directement, et l'engouement pour les jeux vidéo dits « cosy » avait préparé le terrain. Résultat, les tables se couvrent d'oiseaux, de forêts, de jardins et d'herbiers. On ne joue plus vraiment contre les autres, ou si peu : on avance sur son propre plateau, on soigne son petit coin de nature, et on regarde l'ensemble grandir tour après tour. Le score se compare à la fin, sans qu'on ait eu besoin de démolir le voisin en cours de route.
Attention au malentendu, cela dit. Cosy ne veut pas dire simpliste. Certains de ces jeux sont de vrais casse-tête, salués autant par les joueurs occasionnels que par les habitués les plus exigeants. Ce qui les rassemble, ce n'est pas la facilité : c'est le ressenti autour de la table. Peu de stress, pas de coup fourré qui ruine une heure de jeu, un matériel agréable à manipuler, et cette impression tranquille de faire pousser quelque chose sous ses mains.

Quatre jeux cosy qu'on aime à la table
Des oiseaux, des paysages, des herbiers : quatre valeurs sûres pour découvrir le genre.
WingspanÉlevage d'oiseaux et effet boule de neige. Kennerspiel des Jahres 2019.
© Stonemaier Games
CascadiaTuiles de terrain et faune du Nord-Ouest américain. Spiel des Jahres 2022.
© Flatout Games / AEG
HarmoniesEmpiler des jetons pour composer un paysage vivant. Nommé à l'As d'Or 2025.
© Libellud
MeadowUne collection de cartes aquarellées, tout en contemplation.
© Rebel Studio / Rebel
Quatre portes d'entrée dans le genre
Wingspan, signé Elizabeth Hargrave et paru en 2019, reste la porte d'entrée la plus connue. On y attire des oiseaux dans sa réserve, chaque espèce posée déclenchant un petit pouvoir qui s'enchaîne avec les précédents. Le jeu a remporté le Kennerspiel des Jahres 2019 — la déclinaison du grand prix allemand réservée aux jeux un peu plus corsés que les titres familiaux — et il compte aujourd'hui plusieurs extensions qui ajoutent des oiseaux d'autres continents. De quoi occuper une table longtemps sans jamais hausser le ton.
Cascadia, de Randy Flynn (2021), pousse l'épure encore plus loin. On assemble des tuiles d'habitat et on y installe la faune du nord-ouest des États-Unis, en cherchant les bonnes combinaisons de renards, de saumons ou de rapaces. Sous ses airs de puzzle tranquille, le jeu est assez fin pour avoir décroché le Spiel des Jahres 2022, le prix allemand le plus prestigieux pour un jeu familial. C'est souvent lui qu'on tend à qui veut goûter au genre sans lire trois pages de règles.
Plus récent, Harmonies porte les couleurs de l'éditeur français Libellud, sur une création de Johan Benvenuto. On empile des jetons colorés pour dessiner des paysages — forêts, montagnes, champs, plans d'eau — puis on y fait venir des animaux qui réclament chacun un décor précis. Le jeu a été nommé à l'As d'Or 2025, la récompense phare décernée chaque année au Festival International des Jeux de Cannes. Son plateau qui se couvre peu à peu de reliefs colorés résume assez bien l'esprit du courant.
Meadow, enfin, de Klemens Kalicki (2021), mise tout sur le charme. Ses cartes aquarellées, peintes à la main, donnent envie de les étaler sur la table rien que pour les regarder. On y incarne des promeneurs qui collectionnent plantes, bêtes et paysages croisés au fil de balades, en gardant un œil sur ce que les voisins convoitent. Un peu plus long que les autres, il demande un chouïa plus d'attention, mais reste dans la même veine contemplative. Un bon exemple qu'un jeu doux peut aussi être un beau jeu tout court.
Ce qui fait un jeu cosy
Il n'existe pas de définition officielle — le terme est né dans les discussions de joueurs avant d'arriver dans la presse. Mais en comparant les titres qu'on range dans cette catégorie, quelques traits reviennent presque à chaque fois.
- Pas d'élimination : personne ne quitte la table avant la dernière manche.
- Peu ou pas de conflit direct : on joue surtout sur son propre plateau.
- Un thème apaisant : nature, animaux, jardins, paysages, saisons.
- Du beau matériel : illustrations soignées et jetons agréables à manipuler.
- Une montée régulière : chacun voit sa petite création grandir de tour en tour.
- Une règle qui s'explique vite, mais une vraie profondeur derrière.
Sous le vernis paisible, les mécaniques sont souvent malignes. Beaucoup de jeux cosy reposent sur le placement de tuiles — on pose des pièces de terrain qui doivent s'emboîter proprement — ou sur le « draft », où l'on choisit une carte puis on laisse le reste aux voisins. Cascadia mêle les deux, et sa finesse lui a valu ce fameux Spiel des Jahres. Wingspan, lui, carbure au « moteur » : chaque oiseau posé rend les suivants plus efficaces, jusqu'à l'emballement de la dernière manche. Bref, la douceur est dans le thème et l'ambiance, pas forcément dans la difficulté.
Et chez DSL ?
Ce genre de jeux tombe à pic pour une soirée de club. Le jeudi soir, à la Salle du Peuple de Roujan, on voit défiler des profils très différents : des familles, des ados, des habitués de gros jeux, des gens qui n'ont pas touché un plateau depuis le Monopoly de leur enfance. Un jeu cosy fait un excellent terrain commun. La règle s'explique en quelques minutes, tout le monde démarre à égalité, et personne ne se retrouve éliminé au bout d'un quart d'heure à regarder les autres finir la partie.
On aime aussi les sortir en début de soirée, comme un sas avant un plus gros morceau, ou tout à la fin quand l'énergie retombe. Et comme la plupart tournent également en solo — Wingspan, Cascadia et Meadow proposent tous un mode à un joueur — ils trouvent facilement leur place, même les soirs où les tables sont déjà lancées. C'est typiquement le type de jeu qu'on garde à portée de main, prêt à dépanner une envie de calme.
À explorer sur le site
Pour qui c'est fait, pour qui ça l'est pas
Ces jeux conviendront d'abord à celles et ceux qui n'aiment pas l'affrontement frontal : les tables familiales, les groupes de niveaux mélangés, les joueurs qui cherchent un moment beau et posé plutôt qu'un duel nerveux. Ils rendent aussi service pour intégrer un nouveau venu sans le noyer sous les règles, ou pour finir une soirée sur une note douce. Le mode solo, très présent dans le genre, en fait de bons compagnons pour une partie tranquille en semaine.
À l'inverse, qui vient chercher de la tension, du bluff, de la négociation ou des alliances qui volent en éclats risque de rester sur sa faim. Certains critiques résument même le reproche d'une formule : du « solitaire à plusieurs », chacun dans sa bulle. Le ressenti dépend beaucoup du groupe et de l'humeur du soir. À la table, mieux vaut savoir ce qu'on est venu chercher : une respiration, ou une empoignade. Les deux ont leur place — rarement dans la même partie.
Envie d'essayer un jeu qui fait du bien ?
On sort régulièrement ce genre de jeux le jeudi soir à Roujan. Débutants bienvenus, aucune inscription obligatoire pour venir voir.
