Actualité jeu de société
Spiel des Jahres 2026 : les neuf nominés viennent de tomber
Le jury allemand a dévoilé ce mardi 19 mai sa sélection finale, trois mois après les As d'Or de Cannes. Tour d'horizon du paysage ludique européen.
Le 19 mai, Berlin annonce la cuvée 2026
Chaque année, mi-mai, le jury du Spiel des Jahres réunit la presse pour annoncer ses nominés. Ce mardi 19 mai 2026 n'a pas dérogé à la règle : à 16h, en direct depuis l'Allemagne, l'association Spiel des Jahres e.V. a livré sa shortlist. Pour mémoire, le Spiel des Jahres est l'équivalent allemand de l'As d'Or — prix annuel le plus prestigieux d'Europe pour les jeux familiaux, fondé en 1978. Sa déclinaison Kennerspiel des Jahres récompense les jeux plus exigeants depuis 2011, le Kinderspiel les jeux pour enfants jusqu'à environ sept ans.
Cette année, le jury rappelle avoir examiné un nombre record de 571 nouvelles parutions sur le marché germanophone, dont neuf ont accroché les trois shortlists finales. Trois mois plus tôt, à Cannes, le jury de l'As d'Or — le grand prix remis chaque année lors du Festival international des jeux de Cannes — avait fait le même exercice côté français : quatre lauréats désignés parmi 650 nouveautés testées. Deux palmarès, deux jurys, deux cultures ludiques. Et, cette année, un recoupement troublant qu'on détaillera plus bas.

Les trois catégories en un coup d'œil
Voici les neuf nominés, par catégorie. Pour chacune, trois titres sont retenus : un seul sera couronné lors de la cérémonie du 12 juillet 2026 à Berlin.
- Spiel des Jahres (familial) — Cozy Sticker Ville (Corey Konieczka, Unexpected Games) · Dito! (Martin Ang, Game Factory) · Morty Sorty Magic Shop (Markus Slawitscheck, Schmidt Spiele)
- Kennerspiel des Jahres (initié-expert) — Boss Fighters QR · Moon Colony Bloodbath · Rebirth (Reiner Knizia)
- Kinderspiel des Jahres (enfants) — Buh Party · Die Insel der Mookies (L'Île des Mookies) · Verflixt verzaubert
Une lecture rapide laisse apparaître plusieurs choses notables. Côté familial, la sélection penche vers le « feel good » et le ludo-créatif : Cozy Sticker Ville joue à fond la carte de l'ambiance douce et des stickers permanents, tandis que Morty Sorty Magic Shop revisite le tri d'inventaire dans une boutique magique. Côté Kennerspiel, le jury allemand n'a pas hésité à mélanger des références très différentes : Boss Fighters QR injecte une mécanique d'application mobile (les QR codes scannés en cours de partie) dans le jeu de plateau, Moon Colony Bloodbath assume un univers science-fiction sombre, et Rebirth signe le retour d'un auteur installé depuis quarante ans.
L'Île des Mookies : le rare double-coup franco-allemand
C'est le détail qui n'échappe pas aux observateurs des deux scènes : L'Île des Mookies, déjà couronné As d'Or Enfant 2026 à Cannes en février, est désormais nominé au Kinderspiel des Jahres. Le jeu, signé Florian Sirieix et illustré par Seppyo (édition Le Scorpion Masqué, distribution Blackrock Games), s'adresse aux enfants dès quatre ans. La mécanique tient en deux lignes : on collecte des cartes de créatures plus mignonnes les unes que les autres, on gagne des trophées, on rejoue. Selon l'éditeur québécois, la boîte contient 66 Mookies différents dont cinq légendaires illustrés en cartes brillantes.
Le double-coup franco-allemand est rare. Les palmarès français et allemand ne s'alignent presque jamais au même millésime — ils ne partagent ni les mêmes attentes éditoriales, ni les mêmes jurés. Quand un jeu réussit à être lauréat à Cannes ET nominé en Allemagne dans la même année, c'est souvent le signe d'un titre qui dépasse les frontières culturelles ludiques. À voir si le verdict du 12 juillet à Berlin confirme l'intuition cannoise.
Rebirth : un nom familier dans la course Kennerspiel
Du côté des initiés-experts, un nom retient l'attention : Reiner Knizia, auteur de jeu de société allemand actif depuis les années 1990 (signataire entre autres de Tigre & Euphrate, Lost Cities, Modern Art), signe Rebirth chez Mighty Boards. La version française est portée par Lucky Duck Games. Le pitch : après une catastrophe écologique, les joueurs incarnent des clans écossais et irlandais qui reconstruisent leurs terres ravagées. Le cœur du jeu est un système de placement de tuiles — chaque pose modifie immédiatement les scores et les majorités de fin de partie.
Selon Gus and Co et Mr Board Games, Rebirth renoue avec ce que Knizia sait faire de mieux depuis trente ans : l'élégance mécanique. Pas de gadgets, pas d'écran d'appoint, pas de chrono. Une partie tient en environ une heure, à 2-4 joueurs dès 10 ans. À noter aussi, l'engagement matériel : châteaux et cathédrales sont fabriqués en re-Wood, un composite recyclable à base de sciure et de liant recyclé. Choix éditorial cohérent avec le thème même du jeu, qui parle de reconstruction écologique.
Pour situer : le palmarès As d'Or 2026, déjà connu depuis Cannes
À Cannes, le jury de l'As d'Or avait dévoilé son verdict dès le 27 février 2026, lors de la 39e édition du Festival international des jeux. Quatre catégories, quatre lauréats.
- →Toy Battle
Lauréat As d'Or Tout Public — duel tactique signé Paolo Mori et Alessandro Zucchini, illustrations de Paul Mafayon, édité par Repos Production. Dès 8 ans, parties courtes.
- →Zénith
Lauréat As d'Or Initié — 2 à 4 joueurs, dès 10 ans, parties de 30 min à 1 h. Le pendant français des Kennerspiel.
- →Civolution
Lauréat As d'Or Expert — eurogame de Stefan Feld, l'un des auteurs allemands les plus prolifiques. Faire évoluer sa civilisation pour l'emporter.
- →L'Île des Mookies
Lauréat As d'Or Enfant — et désormais nominé Kinderspiel des Jahres 2026. Le seul jeu présent sur les deux palmarès cette année.
Et chez DSL ?
À l'association, on suit avec attention les deux palmarès chaque année. Pas seulement par curiosité : les jeux nominés au Spiel des Jahres et à l'As d'Or finissent presque toujours par s'inviter aux soirées du jeudi, à un moment ou un autre. Quand un titre comme L'Île des Mookies coche deux palmarès en quatre mois, on a tendance à le sortir un peu plus vite à la table pour les familles qui passent avec des enfants en bas âge. Pour les Kennerspiel comme Rebirth, le rythme est différent : on attend généralement une présence stable en boutique et une bonne traduction française avant d'envisager une partie complète à quatre.
Ce qui est intéressant pour un club de jeux comme DSL, c'est moins le verdict final que la shortlist elle-même. Un jeu nominé qui ne gagne pas reste un jeu remarqué par un jury professionnel, et donc un jeu qu'il vaut le coup de tester avec différents profils de joueurs. C'est typiquement le travail qu'on fait à la table le jeudi : sortir un titre nouveau, le faire tourner sur plusieurs soirées, voir ce qui colle avec les habitués et ce qui ne décolle pas. Les palmarès, on les regarde comme une boussole — pas comme un cahier des charges.
Pour qui ces palmarès parlent, pour qui ils ne parlent pas
Les palmarès Spiel des Jahres et As d'Or visent en priorité le grand public : familles, joueurs occasionnels, personnes qui achètent un jeu de société par an. Le critère central, côté allemand comme côté français, c'est l'accessibilité : règles claires, première partie possible sans avoir relu la notice dix fois, plaisir immédiat. Les jeux experts purs — gros eurogames de 3 h, jeux narratifs en campagne longue, wargames — ne candidatent pas à ces prix. Ils ont leurs propres récompenses, comme le Diamant d'Or remis à Cannes pour les jeux dits experts.
Conséquence concrète : pour quelqu'un qui cherche un jeu à offrir à des proches qui n'ouvrent un jeu que rarement, les nominés Spiel des Jahres et As d'Or restent une boussole fiable. Pour quelqu'un qui cherche en revanche le prochain monstre stratégique à trois heures de partie, ces palmarès ne sont pas faits pour ça — et c'est très bien comme ça. Chaque prix a son rôle dans le paysage. Le Kennerspiel comble en partie l'écart, en récompensant des jeux plus exigeants que le familial pur mais encore loin du jeu expert long format.
Envie de tester les nominés à la table ?
DSL accueille tous les jeudis soir, dès 20h, à la Salle du Peuple de Roujan. Les sorties récentes — nominés ou pas — passent régulièrement par notre table.
